J’ai longtemps hésité à écrire ce billet qui se veut, en quelque sorte, une réponse à celui-ci.
Ce que je vais vous dire, je ne le dis pratiquement à personne :
Mon aînée a d’excellents résultats scolaires pour un minimum d’efforts et ma deuxième a sauté sa première année. Voilà, c’est dit.
Ça sonne prétentieux? Je sais.
Avoir un ou des enfants performants, c’est comme le bonheur. Il ne faut surtout pas le montrer, ni en parler. Il y a tant d’enfants --et de parents-- en difficulté qu’il faut cacher le succès scolaire. Par respect. Je précise « scolaire », parce que les succès sportifs peuvent généralement être déclarés sans scrupule.
Pourtant, les enfants doués (qui ne sont pas des génies, précisons-le) vivent certaines problématiques qui préoccupent leurs parents. À titre d’exemple, les enseignants incitent les enfants à coopérer, c’est-à-dire à jumeler un enfant fort avec un enfant faible. Théoriquement, l’idée fait sens. À la longue, par contre, l’enfant fort se démotive drôlement. Il termine son travail avant les autres et aimerait bien profiter de cette avance pour aller plus loin dans la matière ou travailler sur un projet stimulant. Or, il passe le plus clair de son temps à répéter le même exercice à un enfant qui ne comprend pas.
Vous ne voyez que du feu dans ce type de coopération? Imaginez que vous êtes un employé performant (ce que vous êtes sans doute) et que lorsque vous terminez un dossier, on vous demande de donner des notions de traitement de texte à Ginette qui ne comprend rien aux ordinateurs. Que se produira-t-il? La première fois, vous serez très enthousiaste d’aider votre collègue. Ensuite vous serez peut-être un peu contrarié, puis vous comprendrez que vous n’avez aucun intérêt à terminer votre travail avant les autres, parce que vous finirez avec Ginette qui n’aimera probablement jamais les ordinateurs de toute façon.
Autre problématique, les enfants doués n’apprennent pas à composer avec l’échec. Ils n’apprennent pas à tomber et surtout pas à se relever. Dès qu’ils appréhendent une deuxième place, ils abdiquent et se mettent rarement en danger. Pour un parent, c’est assez préoccupant.
Ainsi, lors de sa troisième année, ma grande pouvait obtenir des 100% au bulletin en mathématiques et en français. Comme je n’avais pas engendré un génie, j’ai partagé mes inquiétudes sur la facilité du programme scolaire avec son enseignante. « Est-ce normal d’investir 15 minutes par semaine dans ses études pour obtenir des notes parfaites? Ce n’est pas ça la vie! Que fera-t-elle plus tard, quand il faudra fournir un effort? Les exigences de l’école seraient-elles trop basses?»
La réponse de l’enseignante fut fort simple. La moitié du groupe était en situation d’échec. Elle ne voyait pas de quoi je me plaignais. En effet, ma vie et celle de ma fille étaient faciles. C’était quoi mon problème? Une freak, j’vous dis.
Ma deuxième fille a un tempérament fort différent de mon aînée. La première est rapide, conformiste et carbure aux dollars-école. L’autre est beaucoup plus lente, originale et carbure… ne carbure pas.
Elle a fait tout plus lentement que son aînée. La pré-écriture, les couleurs, les mots ou les boucles n’ont pas été acquis à un âge précoce. Elle est curieuse, mais lunatique. Elle s’intéresse à tout, à sa façon, à son rythme.
Or, elle avait quatre ans quand sa sœur a fait sa première année. Elle a tout de suite été très intéressée par l’apprentissage de la lecture. Elle écoutait sa sœur et regardait ses mots étiquettes sur la table de la cuisine. Elle s’amusait à reconnaître les mots dans les livres, voulait toujours « pratiquer ses lettres » et « faire des devoirs, elle aussi ». Elle m’a même déjà demandé d’exiger qu’elle fasse ses devoirs, puis de la chicaner quand elle me dirait non.
Lui ai-je appris à lire? Pas officiellement. Elle vit dans un milieu intellectuellement stimulant. Elle a appris quand sa sœur faisait ses devoirs, quand elle jouait à l’école dans le sous-sol avec ses copines, toujours plus vieilles qu’elle.
Elle s’est intéressée aux syllabes simples, telles que « ba », « mo », à travers ses jeux avec les grandes. Le bon parent aurait-il dû lui interdire? Aurait-il dû lui répondre d’attendre d’être en première année à chacune de ses questions?
Oui, avec moi chaque sortie devenait prétexte à l’apprentissage. Oui, je disais « bébé regarde les bananes » quand nous allions au supermarché. Et oui, plus tard j’ai dit « reconnais-tu le mot banane quand nous suivions une recette». C’était plus fort que moi. Une freak. Une vraie.
J’étais tout de même loin de me douter que tous mes petits commentaires par-ci et par-là allaient lui permettre de lire avant d’entrer à l’école. J’avais fait la même chose avec mon aînée et jamais elle ne s’était intéressée à l’alphabet avant sa première année!
Comment ma petite, si lente en tout, avait-elle fait pour apprendre à lire des syllabes telles que « ouille », « oi » ou « eille »? « Facile, maman. La syllabe eille ressemble à la fin du mot oreille. Un mot que je connais! » Elle avait de l’intérêt.
Le plus triste dans cette histoire, c’est que ma fille croyait qu’il était interdit de savoir lire à la maternelle. Elle a donc caché son savoir à son enseignante, mais lisait parfois des mots et des livres à ses copines en cachette. Elle avait honte de savoir lire à l’école!
Sa mère aussi d’ailleurs. Pas facile d’être la freak du quartier. Surtout qu’une enfant qui sait lire vient renforcir l’image de la mère carriériste et performante
Quelques semaines avant la fin de l’année scolaire, j’ai tout de même pris mon courage à deux mains pour trahir notre terrible secret. « Ma fille lit un roman par semaine avant de s’endormir. Je sais, c’est de ma faute. Que faisons-nous maintenant? »
Très étonnée, l’enseignante s’est excusée de ne pas avoir remarqué sa capacité à lire plus tôt. « J’ai trois enfants qui vont redoubler leur maternelle. Imaginez, la maternelle! »
J’imaginais.
Seulement, depuis quelques semaines ma fille ne voulait plus se «faire garder» à l’école. « Serait-il possible pour elle d’aller faire des tours dans une classe de première année? Toutes ses copines y sont ! » Surtout que les fins de semaines, les fillettes jouaient ensemble à l’école et s’organisaient des chasses aux trésors dans la cour; des jeux où l’écriture était toujours très centrale.
Quelle a été la réponse de l’enseignante? « Si vous voulez, nous pouvons lui faire sauter sa première année. Je vais m’informer, elle pourrait passer ses examens de fin de première année la semaine prochaine. »
C’était quoi l’idée? On voulait me prouver que ma fille n’avait pas les connaissances nécessaires? Depuis quand les pédagogues recommandent-ils aux parents de faire sauter des années aux enfants? « Mais je ne veux pas que ma fille saute son année! Elle n’a pas la maturité, n’a pas appris à écrire correctement et ne sait rien en mathématiques! Je veux juste qu’elle puisse apprendre et rester motivée en classe! »
Nous étions vendredi. Les examens était prévus pour le mardi suivant.
J’ai expliqué la situation à ma petite lectrice et nous avons acheté un livre d’exercices « juste pour voir ». Ses connaissances en mathématiques étaient effectivement nulles. Par contre, elle était très motivée à aller rejoindre ses copines de l’autre niveau. Elle a donc passé deux heures par jour dans son cahier de mathématiques et ce, pendant les trois jours qui ont précédé les examens.
Le mardi suivant, elle a passé ses tests pendant la période de jeux des élèves de première. On ne lui a donné aucune chance. Le niveau de bruit était à son maximum et ses copines qui jouaient autour d’elle venaient la saluer régulièrement.
Résultats? Elle a réussi haut la main tous ses examens, mais ne savait pas écrire dans les corridors, ce que nous savions déjà.
À la maternelle, ma fille se trouvait maintenant parmi les élèves les plus fortes des premières années! Tout ce qu’elle savait en mathématiques ne datait que de deux jours! Un génie? Bien sûr que non. Juste une petite fille motivée à rejoindre sa gang!
Avant d'inscrire ma fille en deuxième année, le directeur de l’école exigeait qu’elle soit évaluée par un psychologue. Un psychologue privé. Les ressources de la Commission scolaire ne servent qu’aux cas lourds. Normal.
Aujourd’hui, ma fille est en deuxième année. Je ne réussis pas l’asseoir plus de dix minutes par semaine pour lui faire faire ses devoirs. Elle n’est pas la première de sa classe, mais s’en sort plutôt bien. Elle est heureuse. Beaucoup plus que l’an passé!
Quand on me demande si j’ai fait l’école à la maison à ma fille, je réponds toujours non. Ma fille a appris à lire par elle-même dans un contexte très favorable.
Disons que j'ai appris à lire à ma fille… en faisant des crêpes!

12 commentaires:
Merci beaucoup d'avoir dit tout haut ce qu'on cache parfois tout bas... La preuve, ça fait 3 fois que j'efface la suite de mon commentaire, le trouvant trop... :-(
Pour faire court, mes enfants ressemblent aux vôtres sur plusieurs points, n'ont pas été surstimulés et ont de la facilité au niveau académique. J'en ai une qui oui, oh horreur, a sauté une année. J'ai également la tare d'avoir un haut niveau de scolarité... en éducation. Évidemment, je ne le mentionne jamais aux enseignants de mes enfants, de peur de me faire juger.
C'est en effet un problème de ne pas préparer les plus talentueux au travail. C'est vrai aussi dans le sport: ceux qui ont les meilleurs résultats en catégorie jeunes ne se retrouvent pas forcément les meilleurs par la suite, en se demandant un peu pourquoi ce n'est plus aussi facile qu'avant. Il faudrait inventer une manière de progresser dans ses études un peu plus individualisée tout en apprennant mieux à collaborer avec les autres (parce que la collaboration actuelle est complètement factice, d'ailleurs les productions sont la plupart du temps individuelles comme leur valorisation).
En ce qui concerne les enseignants... il faut en effet leur donner des informations. Maintenant ils sont quand même très souvent confrontés aux problèmes décrits par profmalgretout. Je pense qu'il y a une sorte de concurrence systémique entre l'éducation familiale et l'éducation scolaire, pour sortir de ça on pourrait essayer de rendre publique la production scolaire dont on se demande pourquoi elle est tenue secrète la plupart du temps.
Je trouve qu'il y a un gros problème concernant les élèves doués à l'école: ils sont souvent laissés à eux-mêmes car ils réussissent bien, doivent, comme tu as souligné, aiser les plus faible, s'ennuient car ils ont fini les travaux plus tôt et dérangent (souvent) les autres...
Mon premier est premier de classe.En 6e année, classe spéciale d'anglais, ne passe pas plus de 30 minute par semaine et réussit avec plus de 90%. Mon deuxième s'emmerde à l'École, mais n'a pas la maturité nécéssaire pour sauter son année.On me l'a proposé, mais j'ai refusé. Alors on le stimule autrement , à la maison. Lui non plus ne consacre presque aucune énergie a ses études.
La seule qui doive travaille un tant soit peu, c'est ma dernière: elle comprend ultra-rapidement, mais les notions de lecture se sont fait lentement, car les mots étiquettes n'Était pas fait pour elle. Aussitôt que j'ai dérogée à la méthode faite en classe pour lui enseigner comme je l'ai appris, pouf! Elle a su lire en même pas une semaine.Aujourd,hui, on rattrpe un peu son retard mais elle commence a être victime, elle aussi, de sa ''douance'' car le professeur ne lui porte attention que pour lui dire de rester tranquille...
Bref, la question demeure, comment stimuler des ti-pous sans les démotiver??
Et tu as raison, tout ca c'Est tabou...on en parle pas des succès scolaire, on s'en excuse presque!!
Polluxe
Je crois beaucoup que la force d'une chaîne est égale à son maillon le plus faible. Je comprends donc totalement que les ressources et les énergies soient mises au service des enfants en difficulté.
Je suis aussi persuadée que les enseignants sont en général très bons et savent, avec très peu de ressources, composer avec des élèves de différents niveaux.
Y a-t-il une compétition entre les apprentissages de l'école et de la maison? Disons que je n'avais pas vu ça sous cet angle. Par contre, je demeure convaincue que beaucoup d'apprentissages académiques peuvent être faits à la maison à un rythme qui convienne mieux à l'enfant. Mais qui d'entre nous aurait la patience de faire l'école à la maison? Certainement pas moi.
Et, comme le disait si bien l'enseignante de deuxième de ma grande, il ne faut pas sous-estimer les apprentissages sociaux fait à l'école.
Je comprends très bien votre point de vue. Vous n’étiez pas pour ne pas répondre aux questions de votre enfant et lui interdire de fréquenter des copines plus vieilles qu’elle. Un enfant qui n’avance pas recule. (C’est beau, hein? C’est de moi!)
Ce n’est pas parce que vous ne lui avez pas enseigné que votre fille a appris à lire seule. La grande soeur, les copines plus vieilles qui jouent à l’école, etc. Elle a appris à lire avant son temps et de façon remarquable, je vous l’accorde. Mais de là à dire qu’elle a appris seule... Vous ne le dites pas non plus.
Ça a pris des milliers d’années à l’humanité pour développer l’écriture. C’est un code et pour le comprendre, il nous faut les clefs. Les quotients intellectuels les plus élevés jamais enregistrés(Glenn Gould, Bobby Fisher, etc) n’ont pas appris à lire «seuls». La maman de Gould lui tenait la main au piano quand il était petit... et que dire de Leopold Mozart. C’est lorsque les parents prétendent que leur enfant qui sait lire, mais que nous le reste est assez «ordinaire» a appris tout seul, j’décroche. Ils n’ont qu’à admettre qu’ils lui ont enseigné ou que quelqu’un d’autre l’a fait et si c’est un enfant qui a joué au prof avec, ça compte aussi. Si mon fils dit a un copain que c’est un chariot élévateur télescopique (à chacun ses passions) qui est stationné devant le CPE, l’autre petit gars sait maintenant ce que c’est, mais bordel, il ne l’a pas appris tout seul.
Vous allez voir, plein de gens vont vous dire comment, eux aussi, leur enfant est génial. Y a même une ortho à l’école qui prétend que son fils de tout juste trois ans fait des casse-têtes de mille pièces... seul. Sans aide. J’en déduis qu’il n’est pas daltonien, mais je ne le crois tout de même pas, car je l’ai déjà rencontré ce môme et j’en ai un du même âge. Le mien n’est pas un génie... et pourtant.
À ce que raconte mon amoureuse, les études démontrent que les enfants qui ont fait les apprentissages scolaires avant leur temps l’ont assez difficile lorsqu’ils ne peuvent plus avoir cette longueur d’avance à laquelle ils se sont habitués. Vous soulevez d’ailleurs cette inquiétude dans votre billet et je partage vos questionnements.
À l’école, on apprend entre autres à apprendre et pour ça, il ne faut pas savoir déjà ce qu’on nous enseignera.
Une dernière question (en fait, c’est la première) : votre fille (la douée) est-elle née en octobre? Dix mois de plus sur la planète, c’est énorme en première année.
Vous auriez dû écrire sur mon blogue. Même si je sonne comme un gros facho, j’ai l’esprit ouvert tant qu’on reste poli et qu’on ne menace pas de poursuite. Pfff.
Y a pas des écoles pour les enfants doués qui ne se cache pas derrière un programme de musique ou de science? Juste une école pour les génies.
Héhéhé.
Cette mère que vous décrivez dans votre billet, c'est un parent-roi, non?
Comme vous le dites si bien dans votre billet, ma fille ne se démarque dans rien d'autre que la lecture. Elle s'habille lentement, n'excelle pas en sport et ne fait pas de casse-tête de mille morceaux.
Que doivent se dire les profs? Certainement qu'une mère (ou un père) a poussé cette enfant "ordinaire" à performer. Si en plus, la mère arrive en tailleur, le tout se confirme.
Comme je le disais, nous ne lui avons pas systématiquement montré à lire, mais nous lui avons tout de même appris. À travers les jeux, les lectures du soir, les cahiers de préparation à la maternelle, pendant les devoirs de la grande, le magasinage, etc. Nous (ou plutôt Je) lui avons appris dans l'objectif d'apprivoiser l'écriture et non pas de savoir lire avant le temps.
Précisons aussi que l'école ne voulait pas que notre fille saute une année scolaire. On voulait certainement nous montrer que savoir lire n'était pas tout. Qu'il y a aussi les mathématiques et l'écriture! Mais une fois qu'on sait que son enfant maîtrise le programme de première, on a un sérieux problème sur les bras!
Vous tapez aussi dans le mille en disant que ma fille, celle qui a sauté une année, est probablement du mois d'octobre. Nous étions totalement contre la dérogation... que nous aurions peut-être dû envisager. Mais, notre fille nous semblait beaucoup trop immature pour entrer plus tôt à l'école.
Une école "juste pour les génies"? Ce n'est pas ça le privé ou encore les écoles internationales? Si mes enfants n'y sont pas, c'est que je n'y crois pas. Je crois en l'école pluraliste de quartier et à la vie communautaire qui va avec.
Mais l'école publique veut-elle de nous? Je me le demande parfois.Pourquoi l'école n'utilise pas davantage l'expertise des parents plutôt que d'en avoir peur?
Les enseignants s'imaginent toujours qu'un parent performant se cache derrière l'enfant performant. Si vous voulez mon avis, derrière chaque enfant nerd, se cache un ex-nerd!
Précisions aussi que les enfants doués ne sont pas les plus à plaindre à l'école. Ils y trouvent leur compte, malgré les inquiétudes de leurs parents.
Je crois également que les enfants en difficulté y trouvent plus de support et d'écoute qu'on ne le dit. L'enfant à plaindre, de mon point de vue, serait plutôt le "moyen", celui qui tire dans le 75% de moyenne avec un maximum d'efforts. Celui-là, il est vite oublié par les certificats, méritas, argent-maison, étoiles et autre bonhommes-soleil!
Pourquoi je n'ai pas répondu chez vous, Prof? Je crois qu'une réponse de plus de quatre pages, ce n'est peut-être plus un commentaire. Ce n'est peut-être pas davantage un billet, mais j'étais plus à l'aise de m'étendre sur le sujet dans mes appartements.
Vous sonnez peut-être facho, mais avouez que ce billet sonne aussi à droite. Nous sommes quittes! ;0)
Mme Unetelle
On est dû pour un bière, hein?
La question que tout cela soulève est très simple : il fait quoi le prof de l'enfant doué? Il en a déjà plein les bras avec la majorité des enfants. S'il est prof de première année, il faut un préparation de première année, avec tous les sous-niveaux que ça inclus, car même les "normaux" ne sont pas tous identiques...
En musique, comme mon cours est très axé sur la pratique instrumentale, même si l'enfant fait des cours de piano, je lui trouve un truc. Le problème, c'est avec les plus jeunes (première et deuxième années). On débute. C'est la base. L'enfant qui maîtrise la base et connaît ce qu'il doit connaître (pfff... même ceux avec des cours de piano ne sont pas toujours là) s'ennuie un peu. Mais bon... j'donne quand même un bon show.
Un Yulblog, ça vous dit? J'ai l'air d'un bum, mais je sais me tenir.
Ça m'interpelle ce billet.
J'y vais un peu dans le Je-Me-Moi... excusez cet élan égocentrique...
De un, je suis une de ces enseignantes qui doit conjuguer ses efforts dans des classes surchargées et toujours plus hétérogènes d'une année à l'autre. Je ne m'en plains pas, c'est mon métier. J'adore ça. Mais j'avoue travailler très fort et me creuser la tête pour rendre l'apprentissage le plus motivant pour tous, y compris les doués. Car il y en a. J'en ai eu dans tous mes groupes depuis 10 ans. Et des TDAH et TC dans la même gang en plus. Ce n'est pas évident, croyez-moi! Mais c'est comme ça. Tant qu'à y être, vaut mieux trouver des solutions que de s'apitoyer sur le sort de l'école publique.
De deux, je suis moi-même une de ces douées, qui n'a pas sauté d'année mais qui ai fait une classe de douance en 6e et tous les cours avancés au secondaire...Avec des bulletins toujours en haut des 90% partout. Je ne suis pas devenue extraterrestre pour autant!
De trois, je suis maman de jumelles de 3 ans à qui j'ai montré, cette semaine, comment écrire "comme il faut" les 1eres lettres de leur prénom. Et elles ont réussi haut la main, avec bonshommes sourire, et en 5 min. Déformation professionnelle, j'ai même poussé pour voir si elles discriminaient les lettres dans d'autres mots... ben oui! Mea culpa!
Tous comptes faits, ce qui importe, c'est, dans mon cas de prof ou maman, de ne pas juger.
J'ai des élèves doués qui savent tout le programme de l'année ou même du cycle dès septembre? Soit. Peu importe où ils ont acquis leur savoir, ils auront d'autres défis à relever; sociaux, personnels, sportifs, musicaux ou autres. Ils feront sûrement un peu de pairage, mais pas trop pour avoir assez vécu cette situation, je l'avoue, démotivante à la longue. (Belle comparaison en passant Mme Unetelle).
Quand mes filles seront en maternelle, je ne me cacherai certainement pas de ma profession. Oui elles sauront peut-être plus que ladite "normale". Disons aussi que je ferai tout de même attention pour ne pas les pousser trop fort. Elles veulent savoir? Posent des questions? Je n'attendrai pas l'école pour leur répondre! La meilleure éducation est à mon avis à la maison. Qu'on soit parent-prof ou non.
Et elles apprendront autre chose; et nous supporterons leurs profs dans cette démarche (advenant le fait qu'elles soient des génies!).
Au bout du compte, dans tous les cas, je prône le non-jugement et le gros-bon-sens. Si tout le monde se respecte là-dedans, c'est le principal.
L'école publique est à l'image de la société. De mon point de vue, c'est la meilleure école. Je l'ai choisie et demeure très consciente de ma chance d'avoir ce choix.
Les enfants doués s'y emmerdent parfois, ceux en difficulté manquent de ressources et les autres se plaignent d'être anonymes. C'est à eux, avec leur prof et leurs parents de trouver des compromis et des solutions. N'est-ce pas là le plus bel apprentissage de la vie?
C'est ce que je dois toujours me rappeler quand mon propre enfant vit une problématique et que j'idéalise le privé. Pas évident.
Un Yulblog? Je devrais y aller avec la Banlieusarde, je ne sais pas trop quand! Que voulez-vous, j'suis difficile à sortir de mon bungalow!
Il est très intéressant de lire tous ces témoignages du côté français...
En France, tout le monde considère au contraire que le système scolaire est beaucoup trop élitiste, beaucoup trop ambitieux, fait pour les élèves doués, et laissant de côté tous les autres, qui développent alors des sentiments de souffrance et d'indignité par rapport à l'école.
Je m'étonne et me réjouis de voir que vos filles peuvent réussir à s'épanouir à l'école en ne travaillant qu'un quart d'heure par semaine à la maison : en France, ce serait plutôt un quart d'heure par soir dans les premières années du primaire, et une grosse demi-heure à la fin. Dans le premier cycle du secondaire, jusqu'à une heure de travail tous les soirs, au lycée, mes élèves les plus brillants peuvent passer deux heures ou trois heures par soir (dans les périodes les plus chargées), pour maintenir leur excellence. Dans les milieux favorisés, c'est plutôt une honte de ne pas savoir lire à la maternelle !
Bref, c'est très dur pour les élèves, parce que très peu d'entre eux parviennent raisonnablement à maintenir ce rythme. Ceux qui n'y arrivent pas - soit parce que le soutien familial n'est pas possible, soit parce qu'ils sont réputés plus "agités", plus "actifs", voire hyperactifs, se sentent exclus par le système et souffrent beaucoup.
Je suis une jeune enseignante de français, et mes formateurs disaient tous : il faut reprendre le modèle québécois ! Là-bas, on respecte beaucoup plus les rythmes de l'enfant, l'enfant est respecté pour ce qu'il est et regardé avec bienveillance, on considère l'enfant dans sa globalité et non exclusivement comme une tête pensante, l'élitisme n'est pas la norme, on privilégie la coopération et non la compétition etc.
Dans le fond, qu'est-ce qui empêche de prendre son temps ? Vos chercheurs et vos universitaires ne sont pas moins performants que les nôtres, ce serait même le contraire !
Le problème dans tout cela, c'est qu'il est très difficile pour un enseignant de s'adapter à la diversité de tous les élèves, de les prendre en compte individuellement.
Préparant mon immigration au Québec (où mon conjoint vit depuis plusieurs années), je m'étais toujours dit que je mettrais mes enfants dans le système scolaire québécois, et non dans une école française, parce que c'était un système meilleur pour l'épanouissement de l'enfant.
Mais comme nous avons tous nos contradictions, cela ne m'empêche pas de donner énormément de travail à la maison à mes élèves, parce que je considère que pour apprendre à bien rédiger, il faut s'entraîner de façon très régulière et rigoureuse...
Pfff... Ce n'est pas facile !
Courgette.
Bonjour,
Juste pour te dire que je comprends très bien : Mon cousin a, lui, appris à lire en jouant à un jeu sur un CDRom... !
c'est un très très beau billet, qui fait beaucoup écho chez moi, et pourtant je n'ai pas grandi ici... plutôt dans une ville, un quartier et une école *très* élitistes et favorisés, en France. et je repense à ma mère qui, devant ses amies dont les enfants avaient tant de difficultés à l'école, taisait les facilités de ses 3 grands. elle s'est "relâchée" avec les 2 petites qui elles... étaient dans la norme ! sans être mauvaises, elles en arrachaient, comme tout le monde. et c'était plus acceptable.
ce qui me fait conclure, dans la même direction que vous, que ce qui pose toujours problème, c'est de ne pas être "dans la norme", dans la moyenne, c'est de sortir du rang -par en-haut, par en-bas, parce qu'on aime les couleurs dans une société qui valorise le noir, ou l'inverse...
c'est dur de faire grandir les enfants dans un monde qui juge aussi négativement tout ce qui sort du rang. mais c'est d'autant plus dur de les garder motivés si ce qui sort du rang par en-haut n'est même pas valorisé !
cela dit, pour la question de s'habituer à l'effort, je ne suis pas sûre que ce soit si rhédibitoire d'être bonne sans effort : j'étais moi-même dans la situation de votre fille jusqu'à 11 ans. à cette époque, en cours de latin, j'ai -par le plus grand hasard- été la première de l'année à être interrogée à l'oral. n'ayant jamais su ce que "apprendre une leçon" voulait dire (je faisais les devoirs écrits demandés, et le reste du cours je l'avais déjà retenu en classe), je n'avais pas appris ma leçon. l'humiliation et surtout la surprise ont été un véritable -et salutaire- coup de fouet.
les enfants ont plus de ressources qu'on ne le pense... surtout si les parents les soutiennent.
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